Décisionnel et pilotage environnemental

Les systèmes de gestion environnementale sont devenus essentiels pour comprendre et analyser les principaux impacts des activités d'une organisation, via la collecte, la consolidation et l’analyse de leurs flux de données respectifs.



Evoluant au fil des besoins de l’entreprise, les systèmes décisionnels ont connu, à ce jour, leur plus grand succès auprès des populations de directions générales, de directions financières, marketing, RH… Leur évolution se fait naturellement vers les problématiques de gestion liées à la RSE, sous la pression des parties prenantes, des textes réglementaires, de la raréfaction des ressources ou tout simplement de la volonté d’individus qui ont décidé de mieux comprendre et gérer leur impact environnemental.
 

Aujourd’hui le pilotage de la performance environnementale concerne principalement sur des problématiques de gestion des émissions de CO2, de consommation d’eau ou de gestion des déchets, et la mise en place d’un système décisionnel va permettre à un dirigeant d’entreprise ou à un responsable de projet  de répondre à trois problématiques principales, dans le cadre de son activité:

  • La visualisation de l’existant, grâce aux données collectées au sein de l’entreprise
  • La compréhension de l’existant, facilitée par les capacités d’analyse des solutions en place 
  • La projection dans le futur et l’anticipation des impacts d’un portefeuille d’initiatives, via des possibilités de simulation

Les responsables d’entreprises qui rendent compte de leur performance environnementale dans le cadre d’un reporting RSE savent combien il est difficile d’obtenir et de gérer des données fiables et comparables sur leurs opérations à l’échelle nationale ou mondiale. Ils savent également que leur principale nécessité est de pouvoir exploiter ces données pour définir, implémenter et suivre des programmes d’optimisation de leurs propres performances.

Ceux-ci trouveront ci-dessous quelques bonnes pratiques, issues d’expériences clients et de travaux de recherche, à mettre en œuvre lors du choix d’une solution, la phase de collecte et d’analyse des données, jusqu’au pilotage des différentes initiatives environnementales mises en place au sein de l’entreprise.

1) La phase du choix de la solution.

Compte tenu du volume d’informations détaillées nécessaires pour calculer précisément les différents indicateurs liés au pilotage de la fonction RSE et de la multitude des interlocuteurs en charge de la saisie d’information, il convient de mettre en place des systèmes robustes et évolutifs, qui viendront naturellement se greffer sur les différents systèmes sources, facilitant ainsi la collecte de données brutes si bien quantitatives que qualitatives.

Selon notre expérience du terrain, les critères les plus importants à prendre en compte lors du choix d'une solution sont les suivants:

  • Les volumes de données à prendre en compte lors des campagnes de collecte
  • Le nombre d’interlocuteurs internes et externes
  • La complexité des modèles à traiter
  • Les besoins de connexion aux systèmes existant
  • Les besoins d’évolutivité, prenant compte de la maturité de l’entreprise
  • La structure organisationnelle de l’entreprise
  • Le niveau d’intuitivité souhaité, facilité d’utilisation
  • L’aptitude à la gestion de données qualitatives et quantitatives
  • Les possibilités de liaisons avec la finance
  • Les capacités d’automatisation des campagnes de collecte

 

2) La phase de collecte d’informations

Identifier les sources de collecte d’information: Les domaines d’information sont ensuite mis en correspondance avec les systèmes sources afin de savoir quelles sont les données disponibles et à partir de quels systèmes, mais également quelles seront les autres données nécessaires et comment les obtenir. Aujourd’hui, du fait de l’utilisation des ERP, beaucoup d’entreprises ont une visualisation de leurs consommations qui est très largement basée sur les coûts, quand il convient désormais de se concentrer sur des données liées à des consommations unitaires standardisées (ex : Joules ou Giga joules pour l’énergie).Il est donc important de pouvoir remonter des informations basées sur des unités de mesures propres, puis de convertir celles-ci lors de la consolidation.

Granulariser au maximum les sources de collecte : Essayer de conserver l’ensemble des spécificités propres à chaque département, site de production ou pays. Cette segmentation très fine des sources de données peut aisément permettre aux responsables de piloter des programmes d’optimisation très ciblés, comme par exemple pour le cas d’un data center ou d’une chaine de production complexe, tout en prenant soin de ne remonter qu’aux décideurs des données consolidées ou des tendances.

Collecter régulièrement l’information dans la globalité de l’entreprise : Pour être effectif, il convient de connecter les systèmes de business intelligence à l’ensemble des systèmes opérationnels dans l’entreprise, et de faire le lien entre les différentes entités de manière très régulière.

3) La phase d’analyse

Consolider et normaliser les données collectées.  L’objectif est de rendre les données collectées accessible pour l’ensemble de l’organisation. Que l’on mesure une quantité de matières premières, des consommations d’énergie ou d’eau, des émissions de CO2 ou une quantité de produits recyclés, il est nécessaire de transformer les données collectées afin de les rendre compréhensibles par l’ensemble des acteurs, leur permettant ainsi de pouvoir suivre aisément leur progression au fil du temps.

Il convient ainsi de transformer des données brutes en indicateurs basés sur des dénominateurs tels que des unités de production ou des mètres carrés, et de permettre la comparaison avec les ambitions de l’entreprise. Cette mesure peut être simplement chiffrée, ou peut être constituée par les résultats d’un site pilote.

D’un point de vue conceptuel, les données environnementales ajoutent un cinquième composant au « balanced scorecard » qui traditionnellement porte sur les finances, les clients, les Ressources Humaines, la croissance et les opérations. Plus concrètement, la solution doit bien entendu être adaptée au système de pilotage de la performance de chaque entreprise.

4) La phase de simulation

Se donner les moyens de se projeter dans le futur. La mise en place d’outils d’analyse et d’exploration permet aux responsables de prendre des décisions efficaces pour optimiser leur performance, analyser les compromis possibles et identifier les causes premières des problèmes de performance de l’entreprise dans son ensemble ou à un niveau de granularité plus fin.

Une solution de pilotage de la performance doit permettre de réaliser des études d’impacts relatives à un portefeuille d’activités, si bien d’un point de vue environnemental que financier. Pour chaque indicateur, il convient de pouvoir aisément manipuler les données sous-jacentes, tester des hypothèses, prioriser les actions et communiquer sur les priorités retenues.

5) La phase de Pilotage

Rendre visible les objectifs d’optimisation de la performance retenus. Mettre en place une interface paramétrée selon le profil de chaque utilisateur, qui permettra une restitution personnalisée des objectifs à suivre, ou des performances réalisées par un site pilote.

Identifier rapidement les zones d’attention. La mise à disposition d’indicateurs de suivi mensuels ou trimestriels doit permettre de suivre de près des indicateurs « dans le rouge », sans attendre la parution des données semestrielles ou annuelles. Plus qu’un système de « flicage », ces mécanismes doivent avant tout permettre le dialogue entre les entités et vis-à-vis des équipes projets RSE en central.

Mettre en place des mécanismes permettant de soutenir les actions correctrices. La création de procédures visant à agir rapidement, notamment par la centralisation et mise à disposition de « meilleures pratiques » facilement mises en œuvre va permettre aux équipes concernées de traiter rapidement leurs problématiques.

Assurer la visibilité des indicateurs de performance auprès des décideurs. Les indicateurs de performance clés doivent être restitués sous forme de tableaux de bord synthétiques, à chaque niveau de contrôle de gestion, de reporting et de responsabilité.

Conclusion

Depuis plus de trois décennies, les systèmes décisionnels ont joué un rôle critique dans la compréhension des flux d’information, la mise en place et le suivi de programmes d’optimisation. Son évolution naturelle vers les problématiques liées à la RSE permet désormais aux responsables d’identifier, qualifier, communiquer et optimiser leurs impacts environnementaux, tout en tenant compte de leurs contraintes opérationnelles et financières. Plus qu’une simple interface graphique permettant de restituer les indicateurs clés de performance de l’entreprise, les solutions de Business Intelligence, constituent un levier très puissant dans le cadre du pilotage des projets de transformation de l’entreprise vers un mode de gestion plus durable.

Note: Cet article a été ecrit conjointement avec Isabelle Carcassonne, IBM France, dans le cadre du livre vert Syntec